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Bien écrire un texte, On jase!

Vomis ton premier jet (d’écriture)

OK, il y a des formules plus élégantes que «vomis ton premier jet». Reste que cette métaphore est particulièrement efficace en guise de conseil d’écriture. En effet, elle évoque bien comment tu devrais te comporter lors d’un premier jet d’écriture.

Non, il ne s’agit pas de tout salir et de répandre des odeurs nauséabondes sur ton passage! #dégueu

Il ne s’agit pas non plus de te rendre littéralement malade. Surtout pas! #prendssoindetoi

Il s’agit plutôt de lâcher prise sur ce qui sort de ton esprit et apparaît sur la page.

Lâche prise et écris

Comme du vomi qui jaillit sans que tu puisses le retenir (désolée pour l’image!), les mots devraient jaillir du bout de tes doigts sans retenue.

«Mais, Valérie, tu nous dis de faire des plans

Certes. Laisse-moi préciser: une fois que tes intentions sont claires et que ton plan est prêt, tu dois écrire.

En fait, je fais la même distinction que Dominic Bellavance établit entre les trucs 24 et 26 de son livre Comment écrire plus. Le premier truc (qui est un faux truc #spoiler) propose d’écrire très rapidement sans réfléchir; le deuxième propose de… regarder ses mains.

Plus précisément, regarde tes mains pendant que tu tapes, au lieu de scruter l’écran… et d’arrêter de rédiger pour te mettre à corriger. La correction peut attendre!

Je le laisse expliquer la différence entre l’écriture frénétique et ce que j’appelle le vomi rédactionnel: «Dans [le premier truc], je proposais une solution extrême, soit rédiger tout son premier jet d’une seule lancée, sans jamais s’arrêter une seconde pour réfléchir. Ici, c’est autre chose. Regarder ses mains, c’est utile quand nos idées se bousculent à la sortie, mais que notre fâcheuse tendance à la suranalyse nous empêche d’atteindre notre vitesse de croisière.» (p. 239)

Bellavance est aussi un fan de planification (encore plus que moi!), donc, à l’étape de l’écriture, les intentions sont claires, le message est ciblé, les idées sont bien structurées.

En fin de compte, écrire reste la seule façon d’obtenir un texte!

Un mauvais conseil pour les cartésiens

Attention: Le conseil de cet article ne s’adresse pas aux cartésiens qui suivent rigoureusement leur plan.

Par exemple, si tu as l’habitude de faire un plan, puis un plan détaillé, puis un plan super détaillé, puis un plan tellement détaillé qu’il ne manque que les marqueurs de relation pour qu’il devienne un texte… Eh bien, continue comme ça!

Ton texte prend forme avec ces itérations de bonifications, et c’est super. Ne vomis pas. C’est inutile. Tu as déjà une bonne méthode!

Eh oui, chaque conseil ne vaut pas pour tout le monde, et il y a différentes façons d’écrire un texte.

Le seul incontournable, c’est… Oui, c’est ça: écrire des mots.

La nuisance de la censure

La censure vise à interdire une communication, totale ou partielle, avec le public (source).

Socialement, la censure a du bon car elle assure les bonnes relations sociales et le respect des autres. Les conventions demandent qu’on ne dise pas tout ce qui nous passe par la tête à n’importe quel moment, dans n’importe quelle situation.

En création, il y a la censure externe (un musée qui habille une statue de nu; un éditeur qui retire ou modifie un passage d’un livre; etc.).

Il y a aussi la censure interne, celle du créateur qui s’empêche d’utiliser certains mots ou d’explorer certains thèmes par peur d’être critiqué, de blesser ou de déplaire, à cause de son propre malaise face à l’objet, etc. Les raisons sont multiples et parfois inconscientes.

Ceci dit, en création, surtout la création solitaire, la censure est moins appropriée. Elle freine les idées innovantes, elle freine la création elle-même. Contre-productif, ne trouves-tu pas?

Solution: vomis

Tu sais, il sera toujours temps de te censurer plus tard. La révision et la réécriture servent à ça.

Commence par écrire, par avoir du matériel brut. Même si, en écrivant, tu sais que ta phrase est mauvaise, que ton vocabulaire est pauvre, que tu te diriges dans un mur… Écris.

Parce qu’entre des idées dans ta tête et un texte croche et complet, qu’est-ce qui se rapproche le plus d’un livre? 😉

Dans son essai On Writing, Stephen King appelle ça «écrire la porte fermée» (the study door closed). Pour lui, il s’agit pour l’auteur de s’isoler dans son monde fictif, de s’y immerger le plus possible, et d’écrire le premier jet as fast as I can and still remain comfortable (p. 209).

Cas réel de vomi productif

Bellavance et King sont des écrivains prolifiques, ce qui démontre que leur technique a du bon pour au moins achever un projet. Je te donne un autre exemple: le mien.

Si je n’avais pas vomi les premières versions de mes romans de chicklit, la parution de ceux-ci serait arrivée après les dates prévues, lesquelles coïncidaient avec des Salons du livre.

En clair, vomir ces récits m’a permis d’être publiée dans un momentum stratégique sur le plan marketing et de rejoindre plus de lectrices.

Avoir une échéance de l’éditeur m’a certainement motivée. Preuve du contraire: sans contrat d’édition ni échéance, je n’ai complété mon roman de science-fiction que tout récemment. J’ai arrêté de réfléchir à son sens profond et à la symbolique de ci et de ça pour écrire et enfin terminer le premier jet.

Dix-sept ans après avoir écrit le premier mot de la première version, j’ai enfin un texte complet.

Un texte mauvais, surtout la fin qui n’a pas été retravaillée, mais complet.

Grâce au vomi!

…et ensuite réécris

Réécrire est une activité créative en soi. J’adore ça. Un peu trop, peut-être: mon fameux roman de science-fiction en est à sa 3e réécriture majeure en 17 ans… Oui, trois réécritures avant même que le premier jet ait été terminé 😶 #casextrême

Mais revenons à toi.

Ton premier jet ne sera pas lu par autrui. Il vise juste à ce que ton projet se concrétise sur la page, à ce qu’il sorte de ton esprit pour exister dans le monde.

Ne lui impose donc pas d’être parfait pour les autres.

Les autres ne le verront pas.

Les autres verront une version travaillée, améliorée, de ce premier jet.

Ensuite vient la réécriture. Tu retournes à ton plan, tu peaufines tes idées, tu vérifies l’enchaînement des idées et des actions, etc.

C’est à ce moment que tu réactives ta censure interne et que tu peux suranalyser à ta guise.

Je te suggère quand même d’être plus efficace que moi en science-fiction, si tu veux que quelqu’un te lise un jour 😅

Pinterest - Vomis ton premier jet (d'écriture)

Alors, es-tu plutôt type vomi ou type plan détaillé?

Si le plan ne te réussit pas et que tu n’as jamais essayé le vomi rédactionnel, je t’invite à t’y mettre. C’est à la fois déstabilisant, libérateur et satisfaisant!

Donne à ton projet d’écriture les meilleures conditions possibles.
Participe à l’atelier d’écriture du 12 novembre!

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