Bien écrire une phrase, Ponctuation

La virgule n’est pas une respiration

Attention: Cet article ne vous apprendra pas à maîtriser les moindres nuances de la virgule. Il consiste plutôt en une montée de lait un cri du cœur envers le mauvais emploi de ce signe de ponctuation (trop) polyvalent.

Un peu de contexte

En gros : la virgule n’est pas une respiration.

Comme certains d’entre vous, je me souviens de profs qui disaient, pour nous aider à la lecture à voix haute: «Une respiration pour la virgule, deux respirations pour le point.» Ce qui constitue un bon truc de lecture.

De lecture.

Pas d’écriture.

À l’écrit, la virgule répond à deux types de règles: grammaticales/syntaxiques, et stylistiques.

Les premières sont objectives et obligatoires.

Les deuxièmes sont subjectives; elles dépendent du contexte et du sens, ainsi que, dans certains cas, du style de l’auteur.

Mais en aucun cas on ajoute une virgule (ou pas) dans une phrase parce qu’on respirerait en disant cette phrase à voix haute.

Le rythme du discours oral…

À l’oral, on module le rythme pour mettre l’emphase, capter l’attention, respirer, etc.

Par exemple, plusieurs orateurs marquent une pause après un «mais» pour donner un effet de suspense, dramatique, accrocheur, etc.

Et c’est bien correct!

Après tout, le discours oral répond à d’autres modalités que le discours écrit.

… et celui du discours écrit

Le hic (que je déplore ici), c’est la transposition de ces pauses auditives à l’écrit qui fait fi des règles syntaxiques obligatoires.

Exemples

  • Il avait raison. Mais, je ne voulais pas l’admettre.
  • Tu sais, ce qu’il faut faire.
  • Tout le monde sauf Jean, savait quoi faire.

Dans ces phrases, la virgule coupe le lien syntaxique entre différents éléments de la phrase, et c’est mal.

Ces virgules seraient appropriées (et même requises!) si elles indiquaient une incise. Auquel cas, elles devraient venir en paire.

  • Mais, étant orgueilleuse, je ne voulais pas l’admettre.
  • Tu sais, au fond de toi, ce qu’il faut faire.
  • Tout le monde, sauf Jean, savait quoi faire. OU Tout le monde sauf Jean, qui était distrait, savait quoi faire.

Bref, pas d’incise, pas de virgule entre les éléments de la phrase de base.

Comment transposer le rythme oral à l’écrit

Mais comment transposer un certain rythme à l’écrit? Si on tient à imiter le rythme du discours oral et à insérer du suspense (ou peu importe l’effet souhaité) à un texte écrit, il existe une panoplie de techniques.

Le but de cet article n’est pas de les présenter en détail, mais voici quelques réécritures des mauvais exemples qui peuvent vous inspirer.

Les points de suspension

C’est un de leur rôle que de montrer une coupure dans la phrase. Si les mots qui les suivent complètent la phrase, on garde une minuscule.

  • Il avait raison. Mais… je ne voulais pas l’admettre.

L’emphase graphique

Mettre un ou des mots en gras ou en italique (sur le web, on évite le souligné!) permet au lecteur de moduler le ton du texte comme le ferait une intonation particulière à l’oral.

  • Tu sais ce qu’il faut faire.
  • Tu sais ce qu’il faut faire.

La reformulation

L’écrit et l’oral sont différents, et il vaut parfois mieux reformuler que s’acharner à vouloir reproduire à tout prix ce qu’on entendrait. Tant pis pour notre orgueil d’auteur : il faut servir le lecteur.

  • Tout le monde savait quoi faire sauf Jean, toujours distrait.
La virgule n'est pas une respiration.

Pour mieux comprendre la virgule

Motivé à mieux comprendre et à bien utiliser la virgule? Voici plusieurs ressources!

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