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Un fil conducteur du texte: les émotions du lecteur

Ton message est clair, ton intrigue est bien ficelée, mais tu n’arrives pas à adopter un style cohérent? Raccroche-toi aux émotions du lecteur. Celles-ci peuvent servir de fil conducteur à ton texte et t’aider à cibler ton style d’écriture et ton angle de traitement.

Texte = transformation

Une transformation consiste à passer d’un état A à un état B. Tout texte propose une transformation au lecteur, qu’elle soit explicite ou implicite.

Transformation explicite: un manuel scolaire fait passer le lecteur d’un état A d’ignorance (je ne connais pas la matière du chapitre) à un état B de connaissances (je connais la matière du chapitre).

Transformation implicite: un roman de chicklit typique fait passer le lecteur d’un état A de fébrilité curieuse (j’ai hâte de découvrir les péripéties!) à un état B de joyeuse satisfaction (je suis ravie du bon moment passé avec ces personnages!).

Tout texte propose une transformation au lecteur, le faisant passer d'un état A à un état B.

Transformation = fil conducteur

La technique proposée ici consiste à identifier la transformation (les points A et B) afin de définir le fil conducteur du texte.

Pour y arriver, poses-toi les deux questions suivantes:

  1. Comment se sent ton lecteur lorsqu’il commence à te lire?
  2. Comment se sent-il en terminant le texte?

Il y a évidemment différents contextes, selon lesquels répondre à ces questions demandera plus ou moins de réflexion. Je te suggère de garder ça simple.

L’idée est d’exprimer ces émotions clairement pour qu’elles servent de repères lorsque tu écriras ou réviseras ton texte.

Donc, note les émotions quelque part, sur une feuille ou dans ton fichier. Tu pourras y revenir sans te mélanger dans tes souvenirs et tes réflexions.

Les transformations possibles

Ci-dessus, j’ai mentionné des exemples liés à l’apprentissage et à l’humeur. On peut aussi proposer au lecteur les transformations suivantes:

  • Amusement
  • Inspiration
  • Réflexion
  • Apaisement
  • Choc
  • Etc.

En fait, la transformation est étroitement liée à notre intention d’auteur. En identifiant les émotions avant/après du lecteur, on précise notre grand objectif d’écriture.

Voici les transformations que je te propose dans deux articles: Cinq trucs pour une séance d’écriture productive, et l’article que tu es en train de lire.

Exemples de points A: l’émotion de départ

Le point A représente l’émotion, ou l’état, du lecteur qui ouvre notre livre ou clique sur notre article de blogue.

Évidemment, on ne contrôle pas son émotion réelle. L’exercice consiste à imaginer comment un lecteur imaginaire et idéal se sent au moment d’amorcer la lecture.

Le point A en fiction

En fiction, l’émotion en point A varie selon le public visé et le genre littéraire.

As-tu affaire à un enfant excité de retrouver ses personnages de bande dessinée préférés? Si oui, tu voudras les lui montrer rapidement, sans lui imposer une longue mise en scène qui le décevra et le fera décrocher.

Le lecteur est-il plutôt un adulte fatigué de sa journée de travail, frustré par les contraintes du quotidien, qui souhaite s’évader dans un monde imaginaire où règnent magie, elfes et dragons? Alors tu voudras lui offrir une introduction descriptive et enveloppante, question qu’il se sente rapidement immergé dans une réalité crédible, dépaysante et captivante.

CIT Au fait, oui, «tout le monde» peut lire ton blogue ou tes mémoires. Mais il est bon de préciser qui tu vises au juste. C’est l’équivalent du persona en marketing.

Le point A en non-fiction

En non-fiction, le même genre de réflexion s’impose.

Éboueur en milieu rural, tu écris sur Facebook un cri du cœur pour témoigner des difficultés méconnues de ton quotidien. Tu souhaites que ses résidents insouciants prennent conscience de l’humain derrière le service municipal et agissent avec plus de considération. Ces résidants insouciants te lisent sur un média social de spontanéité qu’ils consultent avec rapidité pour s’amuser, se distraire et connecter avec leurs proches: ils ne sont pas disposés aux leçons de morale, aux longues explications ou aux élans philosophiques nébuleux. Donc tu choisis d’être direct et drôle, de donner un exemple concret et parlant, et d’évoquer tes propres émotions.

Dans un autre registre, disons que tu vises à publier les mémoires de ton arrière-grand-mère, qui a révolutionné la vie politique de son village en devenant la première femme juge de la région (je dis n’importe quoi 😅). Alors la personne qui tournera les premières pages sera probablement curieuse, ouverte d’esprit, désireuse d’être émue, d’apprendre sur cette époque, cet endroit, ce personnage, et d’y consacrer de l’attention soutenue. Un choix judicieux ici serait une introduction racontant les motivations de ta démarche, ta relation avec cette aïeule… bref, une mise en contexte qui situerait le lecteur tout en touchant sa fibre émotionnelle.

Bref, peu importe ce que tu écris, imagine dans quel contexte il est probable qu’on te lise et avec quelle humeur.

Exemples de points B: l’émotion finale

Le point B indique l’émotion du lecteur lorsqu’il termine notre texte. Dans quel état souhaites-tu qu’il parte? Ici aussi, on imagine un état idéal.

Cet état est différent de celui du point A, car le texte a transformé ton lecteur. Même si la transformation est subtile!

Le point B en fiction

En fiction, connaître l’émotion finale idéale guide le choix de la scène finale, de l’ambiance à l’action.

Ainsi, de l’enfant qui retrouve ses héros de bande dessinée, on voudra qu’il soit satisfait, rassuré, amusé.

À l’adulte qui termine un roman de fantasy, on souhaite qu’il se sente détendu, diverti, ragaillardi par la bravoure des personnages, inspiré par leur victoire.

Quoi que, s’il s’agit de dark fantasy, on peut souhaiter un lecteur final bouleversé, voire troublé, peut-être incité à réfléchir sur certaines valeurs.

Ainsi, l’émotion finale indiquera si on veut choquer le lecteur (par une fin abrupte et ouverte) ou satisfaire l’ensemble de ses attentes (la bonne vieille feel good ending).

Le point B en non-fiction

En non-fiction, connaître l’émotion finale aide aussi à déterminer la façon de conclure le texte (résumé, ouverture, blague, etc.). Dans une approche marketing, c’est un bon outil pour cibler la formulation de l’appel à l’action (call to action).

Ainsi, l’éboueur qui s’exprime sur Facebook aura intérêt à conclure par une demande claire: «S’il vous plaît, tournez votre bac vers la rue, pas vers votre maison!» C’est ce que retiendront les Facebookeurs pressés.

Par contre, dans les mémoires de ton aïeule, une conclusion en boucle sur ton propre cheminement apporterait satisfaction à ton lecteur curieux et émotivement connecté à l’histoire de ta famille.

Bref, l’émotion finale peut affiner tes choix de rédaction, notamment par rapport à la fin du texte.

Un fil conducteur du texte: les émotions du lecteur

L’identification des émotions de départ et de fin du lecteur est une technique que j’utilise pour ce blogue et pour mes textes de fiction. C’est aussi un élément dont je discute en accompagnement, car il aide à cibler l’impact que tu souhaites créer en écrivant.

J’espère que tu te sens maintenant outillée et motivée à essayer cette technique 😉 Donne-m’en des nouvelles en commentaires!

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