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On jase!

Écrire comme on parle, ça se fait-tu?

Mise à jour: 2 juillet 2020

Il y a une marge entre la langue parlée et la langue écrite. En tant que rédacteurs, nous choisissons de nous exprimer par écrit. Mais qu’est-ce que ça implique au juste? Y a-t-il une limite à ne pas franchir? Peut-on écrire comme on parle, tout simplement?

Je la donne d’emblée, ma réponse est: ça dépend.

Ça dépend de quoi? De beaucoup de facteurs! D’abord, de toi: ton style, ta façon de penser. Ensuite, de ton texte: de quoi parle-t-il? À qui? Pourquoi? Enfin, ça dépend aussi de tes lecteurs: qui sont-ils, qu’est-ce qu’ils aiment et détestent?

Au fait, le présent article est écrit par une Québécoise s’adressant à des lecteurs québécois. Lecteur de l’international, les exemples te paraîtront peut-être inusités… Bienvenue dans ma culture 🙂

Pourquoi écrire comme on parle?

Écrire comme on parle donne souvent un ton décontracté à un texte. Cela favorise la proximité, la complicité ainsi que l’expression de la légèreté et de l’enthousiasme.

Un langage parlé facilite l’incarnation de notre voix dans la tête du lecteur. Comme on s’exprime avec plus de naturel, il devient un vecteur d’authenticité et d’unicité. C’est donc une façon d’être soi-même et de se démarquer par l’écrit.

Concrètement, oui, ça se fait

Physiquement, rien ne t’empêche d’écrire comme tu parles. Aucun logiciel, aucune application ne va te censurer pour ça!

Blague à part, il est tout à fait possible d’écrire en s’inspirant de l’oralité. Mais qu’est-ce que ça veut dire au juste?

Pour certains, il s’agit de relâcher un peu la rigidité de la grammaire et de la syntaxe, par exemple en omettant la particule «ne» d’une phrase négative ou en utilisant une tournure de phrase moins concise comme «On est allés rendre visite à ma mère» (plutôt que «On a visité ma mère»).

Pour d’autres, c’est de reproduire le langage parlé fidèlement, par exemple en utilisant des contractions (j’en parle plus loin) ou en ajoutant la particule interrogative «tu» (exemple de cette particularité bien québécoise: «ça va-tu bien?»). Ça peut aussi être de rédiger des phrases à la construction fautive, comme «L’affaire que je parle est compliquée».

Bref, pour écrire comme on parle, on peut s’inspirer du langage parlé ou carrément le reproduire. Ou se trouver quelque part entre les deux.

Un texte de source traditionnelle ou faisant foi de référence officielle (une gagnera à être rédigé dans les strictes normes de l’écriture.

Une éphémère publication d’un compte personnel sur les réseaux sociaux, s’adressant à un cercle amical restreint, sera sans doute bien comprise même s’il reproduit un style oral familier à la syntaxe maladroite.

Entre ces exemples, une multitude de variantes sont possibles et, dans l’absolu, toutes sont valides selon le contexte: ton style, ton message, ton lecteur cible.

Les grandes différences

Il y a diverses façons de transposer l’oral à l’écrit, que ce soit par la syntaxe, le choix des mots ou la façon de les écrire. Certaines sont plus efficaces que d’autres.

Sans entrer dans l’analyse poussée de chaque cas de figure possible, voici quelques exemples courants: les contractions, la négation, l’enchaînement des phrases et le vocabulaire.

Rappel: il est question du français au Québec, dans des contextes quotidiens. S’il ne t’est pas familier, je t’invite à regarder l’excellent vidéo de Solange te parle sur le français québécois pour les nuls.

Ce qui se passe à l’oral

À l’oral, on contracte beaucoup. «Tsé» au lieu de «Tu sais», «J’veux» au lieu de «Je vais», «A va y aller» au lieu de «Elle va y aller», etc.

On évite souvent la double négation. «Je ne veux pas» devient «Je veux pas»… ou «J’veux pas», si tu me suis bien 😉

Les phrases s’enchaînent parfois sans distinction claire. Les idées s’entremêlent, on abandonne notre idée, on se reprend, on hésite, on reformule, etc. Et on se comprend!

Parce qu’à l’oral, les intonations transmettent une partie de l’information. En personne, le langage non verbal contribue aussi beaucoup à la communication: un geste de la main, des yeux qui lèvent au ciel, un haussement d’épaules… et l’autre comprend le message, voire le sous-entendu, même si la phrase n’est jamais complétée.

De plus, souvent, on utilise un vocabulaire simple et répétitif. Il y a des raisons cognitives à ça, ce n’est pas un défaut. À l’oral, notre interlocuteur ne peut pas retourner en arrière à sa guise, alors il convient de réutiliser les mêmes mots pour qu’il nous suive et nous comprenne.

Comment ça se transpose à l’écrit

D’abord, à l’écrit, il n’est pas nécessaire de contracter les mots pour aller plus vite. Taper une lettre ou une apostrophe représente le même geste, le même effort. (Je n’aborde pas ici l’écriture texto, un tout autre sujet…)

Ensuite, si on peut enlever la particule «ne» des formules négatives avec «pas» et être quand même bien compris, cette particule demeure nécessaire avec «plus». À l’oral, l’intonation ou la prononciation va indiquer le sens de «plus». À l’écrit, «ne» s’avère essentiel. Pourquoi?

Prenons la phrase «Fais plus de café.» Veux-tu une plus grande quantité de café ou que je cesse d’en préparer? Comme je lis ta demande dépourvue de «ne», j’aurais tendance à opter pour la première option. J’espère que tu as soif!

Une autre façon de régler ce «problème» est d’écrire «pus» ou «pu» au lieu de «plus», un peu comme on le prononce au Québec. Ça peut toutefois porter à confusion si tu utilises le verbe «pouvoir» («J’ai pu pu traverser la route») ou le mot «pus» («Il y a pus de pus dans mon œil!»). Sois vigilant si tu optes pour cette variante.

À l’écrit, la ponctuation est cruciale pour la compréhension, ainsi que la syntaxe. Elles font partie des codes à respecter pour être compris.

Exemples de phrases mal ou bien ponctuées

Il faut dire qu’on peut réviser et retravailler un texte écrit, ce qui pardonne moins qu’à l’oral où l’improvisation est souvent de mise. On peut aussi le planifier, donc déterminer ce qu’on veut dire, dans quel ordre et comment, bien avant qu’un lecteur se manifeste.

Ainsi, devant un texte, un lecteur s’attend, plus ou moins consciemment, à une construction de texte et de phrase plus solide qu’un auditeur à l’écoute d’un discours.

Finalement, il est moins nécessaire de se répéter à l’écrit, car le lecteur peut retourner en arrière comme bon lui semble. De plus, par le balayage de l’œil sur la page, le cerveau assimile mieux les informations que lorsqu’il ne fait que les entendre.

Aparté sur la contraction

Tu as peut-être envie de contracter quand tu écris, afin de reproduire ta façon de parler. Si ça cadre avec ton style et tes lecteurs, c’est parfait.

Attention à contracter comme il faut. Lorsqu’on s’éloigne du français écrit normatif (celui des dictionnaires et des grammaires), on court le risque que les lecteurs ne nous comprennent pas.

Fais particulièrement attention si tu vises un public international, puisque les Québécois ont leurs propres contractions, en plus de leurs propres expressions. Ce n’est pas tout le monde qui reconnaît mes exemples dans son quotidien, par exemple.

Le truc pour bien contracter? Remplace la lettre ou les lettres qui sautent par UNE apostrophe. Ça permet au lecteur non averti de déduire le mot complet, même si c’est la première fois qu’il le voit écrit ainsi.

Tableau de bonnes contractions

À ne pas faire: tout coller, ajouter des traits d’union, changer des lettres pour rien.

C’est mêlant pour le lecteur, et ça a plus l’air de fautes que d’une décision consciente, qu’une écriture intentionnelle.

Exemples de mauvaises contractions

Surtout, je te déconseille de rédiger ton texte comme un texto. Si sa va ac t ami ou ton chum sa passe pa dan un tt long! (En clair: Si ça va avec tes amis ou ton chum, ça ne passe pas dans un texte long!) Bien trop dur à lire!

Le style des Mots clairs

Sur ce blogue et dans mes publications de réseaux sociaux, je flotte entre les niveaux de langue familier et neutre. C’est pourquoi je parle au «on» plutôt qu’au «nous» et que je laisse parfois tomber la double négation. C’est aussi pourquoi j’ai écrit, dans le paragraphe d’introduction, «peut-on écrire» et pas «on peut-tu écrire», malgré le clin d’œil dans le titre. Je cherche l’équilibre entre un ton respectueux et un ton sympathique 🙂

Si on se rencontre «en vrai», je vais aussi utiliser le «on», mais je vais probablement aussi m’exprimer à la québécoise, à coups de «on peut-tu». Pour moi, il y a une différence entre l’écriture et la parole, surtout dans un contexte informel.

C’est en préparant ma présentation éclair pour le WordCamp Montréal 2017 que j’ai constaté l’ampleur de cette différence. J’ai d’abord réfléchi à ce que je voulais dire pendant cette présentation, puis j’ai fait un plan et j’ai rédigé les grandes lignes. Enfin, j’ai commencé à me pratiquer à voix haute.

Curieux de savoir de quoi j’ai parlé au WordCamp? Découvre l’article de blogue sur le sujet!

Et là… Ouf! J’ai eu un problème avec plusieurs phrases qui ne sortaient pas naturellement du tout de ma bouche! Pourtant, c’était bien mon style d’écriture, là, sur la page que j’essayais de ne pas lire. C’était bien mes mots, mes idées, mes exemples. Mais rien à faire, ça sortait mal. Ça sonnait faux. Et ça me stressait!

C’est qu’un discours appris par cœur ne me réussit pas. Par contre, pour le WordCamp, avec 10 minutes à ma disposition et tout ce que je voulais dire, je n’avais pas le temps d’improviser ou de me reprendre. Je voulais donc arriver préparée tout en demeurant authentique.

J’ai donc commencé à me pratiquer sans me soucier du temps et en me filmant. Ça m’a permis de parler du même sujet ciblé, des mêmes aspects prévus, avec les mots qui me viennent réellement. Je les notais avant de me reprendre et, petit à petit, j’ai construit un nouveau texte disant la même chose que le premier, mais beaucoup plus adapté l’écoute.

Par exemple, la phrase précédente, je ne la lirais jamais à voix haute avec naturel. Mais elle se lit bien! Non?

Je lance donc la question inverse: parler comme on écrit se fait-il?

Écrire comme on parle, ça se fait-tu?

À deux occasions, j’ai demandé à mes abonnés Facebook où se situait leur ligne entre l’oral et l’écrit. Tu trouveras des points de vue différents dans les commentaires, et c’est parfait! Il n’y a pas de mauvaise réponse dans une situation comme celle-ci.

N’hésite pas à ajouter ton point de vue dans l’une ou l’autre des discussions Facebook!

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