Vocabulaire

L’adverbe, ce pissenlit textuel

Un adverbe complète ou modifie un verbe, un adjectif ou un autre adverbe. Il peut préciser notre pensée… ou lui porter ombrage s’il est mal utilisé. Plusieurs auteurs et théoriciens de la rédaction conseillent de réduire le nombre d’adverbes le plus possible. Pourquoi? Principalement parce que plus il y a d’adverbes, plus leur impact respectif diminue.

Dans On Writing (tellement pertinent! Lisez-le!), Stephen King compare les adverbes aux pissenlits. Un seul pissenlit sur un terrain, c’est joli. Sa couleur ressort, son unicité fait sourire. Par contre, si on le laisse en terre, il se multiplie jusqu’à ce que le terrain soit couvert de pissenlits. Et alors, bon courage pour reprendre le contrôle!

Comme avec les verbes « pauvres », éliminez le plus d’adverbes possible pour favoriser l’effet de ceux qui restent.

Si vous n’aimez pas les pissenlits, même à l’unité, voyez les adverbes comme des chatons. Un chaton, c’est mignon comme tout! Quelques dizaines dans la même pièce, par contre, ça fait beaucoup de miaulements et de crottes!

Trop de chatons, c'est comme trop d'adverbes
Imaginez qu’ils soient 10 fois plus nombreux… Source: Pixabay

Pas encore convaincus? Pensez au propriétaire d’un terrain couvert de pissenlits qu’on accuse de paresse ou de négligence. Un abus d’adverbes provoque la même réaction! D’après André Noël, le lecteur a l’impression que l’auteur est incertain, paresseux, sans imagination ou conservateur. Si ces qualités ne vous intéressent pas, continuez à lire!

Quand éliminer un adverbe

Le mieux est de vous occuper des adverbes lors de la révision seulement, et non pendant le premier jet. Remettre en question chaque mot au fur et à mesure que vous écrivez allonge le processus de rédaction et peut vous décourager. Écrivez, puis réécrivez 🙂

Si votre texte ne comporte que quelques adverbes, inutile de commencer une chasse aux sorcières (ou aux pissenlits). En revanche, si chaque phrase en compte un ou plusieurs, il convient d’en éliminer quelques-uns.

Comme souvent en rédaction, il n’existe pas de bonne réponse absolue. C’est votre jugement qui détermine si un adverbe est pertinent. Voici des pistes de réflexion.

  1. L’adverbe apporte-t-il une information qui ne se trouve nulle part ailleurs?
  2. La phrase est-elle simple ou complexe?
  3. Le verbe est-il fort ou faible?

Si l’adverbe n’apporte rien de nouveau, que votre phrase est complexe et que votre verbe est fort, éliminez-le! En revanche, s’il apporte une précision cruciale, que la phrase est simple et que le verbe est faible, gardez-le (essayez quand même de trouver un verbe plus fort). Entre les deux… à vous de juger!

Un regard extérieur repère les mots inutiles plus facilement que le nôtre. Demandez un coup de main!

Un mot sur l’information nouvelle. On utilise l’adverbe pour nuancer un verbe ou une situation, mais il s’avère inutile lorsque le contexte fournit déjà l’information. C’est particulièrement vrai en fiction, et je m’en remets ici à Stephen King : « Que fait-on de toute la prose éclairante (pour ne pas dire bouleversante) qui vient avant Il ferma la porte fermement? Ne devrait-elle pas nous dire comment il a fermé la porte? Et si cette prose préalable le dit, alors le mot fermement n’est-il pas superflu? » (On Writing, traduction libre).

Comment éliminer un adverbe

Les exemples suivants sont inspirés par ceux d’André Marquis dans L’art de retravailler ses textes.

Les phrases de la première colonne sont grammaticalement et sémantiquement correctes, tandis que celles de la deuxième colonne sont plus directes, plus vivantes. Elles répondent aux critères d’un texte bien écrit.

Aucun de ces adverbes ne pose problème en soi. En revanche, s’ils se retrouvent tous dans un même texte, la lecture commence à s’alourdir! C’est là que le lecteur apprécie la reformulation et l’effort d’écriture, même s’il ne s’en rend pas compte!

Phrase avec adverbe Phrase retravaillée J’ai utilisé…
Nous avons mangé un très bon repas. Nous avons mangé un repas succulent. un adjectif fort.
Mon fils nage rapidement. Mon fils nage avec rapidité. un nom avec préposition.
Ma fille chante joyeusement. Ma fille chante de manière joyeuse. un nom avec adjectif.
Mon fils regarde malicieusement sa sœur. Mon fils lance à sa sœur un regard malicieux. un adjectif, après avoir changé le verbe en nom et utilisé un autre verbe.
Une fois qu’ils ont parfaitement brossé leurs dents, mes enfants rincent le lavabo. Après un brossage de dents parfait, mes enfants rincent le lavabo. un adjectif, après avoir changé le verbe en nom.
À deux ans, mon fils marchait rapidement à petits pas. À deux ans, mon fils trottait. un verbe fort.

Je le répète : vous n’avez pas à supprimer systématiquement les adverbes. Inutile d’alourdir une phrase correcte juste pour le principe! Le choix n’est pas difficile entre « Mes enfants ont cessé de crier de manière rapide et imprévue » et « Mes enfants ont soudain cessé de crier ». L’important, ici, étant que les cris aient cessé 😉

Si vous avez du mal à repérer les adverbes à éliminer, ou si modifier vos phrases représente un casse-tête, n’hésitez pas à me demander de l’aide. Avec la correction en mode Alter ego, j’améliore le rythme de vos phrases tout en respectant votre intention et votre style.

Demander l’aide de Valérie

2 thoughts on “L’adverbe, ce pissenlit textuel”

Laisser un commentaire ou poser une question