Illustration de bonshommes devant des chemins

La progression de l’information : joueuse étoile d’un article efficace

J’ai souvent parlé de progression d’information dans d’autres articles. J’ai décidé d’en parler plus en profondeur dans celui-ci, puisqu’elle est cruciale à la construction d’un bon texte. En effet, la progression de l’information permet à un lecteur de suivre le déroulement d’un texte avec facilité.

Grâce à elle, le lecteur ne se demande pas pourquoi on lui parle de telle ou telle chose et n’abandonne pas sa lecture en cours de route. Au contraire : une de ses attentes est comblée et il a toutes les chances de bien comprendre ce qu’on a écrit.

« Il est donc essentiel que le lecteur puisse faire rapidement et simplement les liens entre les mots, sinon son attention est détournée du texte et il ne comprend plus le sens de ce qu’il lit. » — Claire Chebat Gélinas et collaborateurs dans Intelligibilité de documents d’information.

En clair, la progression de l’information consiste à amener de nouveaux éléments de façon logique, selon un fil conducteur cohérent. Il s’agit de donner une nouvelle information dans son contexte, en l’accompagnant d’information déjà connue, familière. Le texte progresse du connu vers l’inconnu, de ce que le lecteur connaît vers ce qu’on veut lui apprendre.

Dans Le style : conseils pour écrire de façon claire et vivante, André Noël a écrit quelque chose qui s’applique bien aux blogueurs. « L’important, c’est de faciliter la tâche au lecteur. […] Tout en respectant le lecteur, il faut se montrer amical avec lui. […] Ce n’est pas à lui de faire un effort, mais à nous. » Je vous suggère vivement de lire cet ouvrage si vous cherchez à bloguer avec élégance et efficacité!

Deux exemples de progression de l’information

Selon le sujet et les lecteurs, la progression de l’information sera plus ou moins longue ou complexe. Voyons deux exemples, l’un simple et l’autre plus délicat.

Un contexte et un sujet familier

Disons que vous rédigez un blogue spécialiste des produits de beauté. Vos lecteurs ne sont pas déstabilisés par la parution d’un article sur le nouveau mascara de la compagnie X. Dans cet article, vous énumérez ses qualités et ses défauts, vous indiquez votre appréciation au début ou à la fin de l’article, et vous recommandez ou non le produit.

En ouvrant un article de ce genre, vos lecteurs s’attendent à retrouver ces informations, surtout s’ils suivent votre blogue ou s’ils ont déjà lu des articles de tests de produits. Le contexte leur est familier. Même si le mascara en question est un nouveau produit, il s’agit d’une sorte de produit connu, et vous écrivez un type d’article répandu. Vous pouvez donc fournir rapidement les nouvelles informations, c’est-à-dire ce qui est spécifique à ce mascara en particulier.

Un contexte familier et un sujet nouveau

Maintenant, imaginons que, sur le même blogue, vous souhaitiez sensibiliser les gens à la famine qui ravage le Soudan du Sud. Dans ce cas, vous avez besoin d’un peu plus de structure pour que vos lecteurs lisent l’article au complet!

En ouvrant cet article, vos lecteurs ne savent pas à quoi s’attendre. Le sujet ne correspond pas à ceux que vous abordez habituellement. En fait, il en est très éloigné! Vous devez donc commencer par justifier votre sujet. Vous devez ensuite informer vos lecteurs sur le Soudan et sur sa réalité, qui leur sont peut-être inconnus. Vous terminez en lançant un appel à la solidarité par une levée de fonds, par exemple.

Voyez-vous comment cette structure présente une progression logique? Vous commencez par quelque chose que vos lecteurs connaissent (votre blogue, vous) avant de les amener vers quelque chose de nouveau (votre émotion par rapport à la situation soudanaise). À partir de ce quelque chose maintenant connu (votre émotion), vous poursuivez vers du nouveau (le Soudan, sa réalité). Et ainsi de suite jusqu’à la conclusion.

Si vous commenciez tout de suite par la levée de fonds, les lecteurs abandonneraient l’article illico. Non seulement vous leur demander de l’argent, mais ils ne savent pas pourquoi! Les gens sont de plus en plus paresseux : ne comptez pas sur eux pour aller jusqu’à la fin de l’article s’ils ne comprennent pas de quoi vous leur parlez.

Illustration d'une mauvaise progression d'information
Vous ne pouvez pas vous dire : « Les lecteurs ne comprennent pas tout de suite, mais ce n’est pas grave, ils comprendront à la fin. » Les gens ne se rendront pas à la fin.

Évidemment, tout cela dépend de votre style, de votre blogue, de vos lecteurs. Dans un blogue d’opinion où vous avez l’habitude de digresser en début d’article, si vous avez du talent et maîtrisez l’art de la rédaction, ça peut très bien fonctionner. Mais si vous êtes un blogueur amateur ou semi-professionnel et que votre but est d’informer sur X, Y ou Z sujet… allez-y simplement 🙂

Faire progresser l’information à tous les niveaux

Ainsi, l’information doit progresser au niveau des idées de l’article. En réalité, elle doit le faire à tous les niveaux : idées, paragraphes et phrases.

La progression de l’information se concrétise par différents procédés d’écriture : reprises lexicales (génériques, répétitions, synonymes), reprises grammaticales (déterminants, pronoms), mots ou phrases de transition, ponctuation. Voyons chacun d’entre eux rapidement.

Au niveau des idées et des paragraphes

Vous avez peut-être déjà entendu l’équation « un paragraphe = une idée ». Dans un format de blogue, la formule s’applique bien : en gros, les idées sont les aspects de votre sujet. Dans une thèse de doctorat, en revanche, un paragraphe représente un sous-sous-sous-sous-sous aspect d’une idée. Dans les deux cas, le besoin de faire progresser l’information reste le même.

Pour passer du connu à l’inconnu, on utilise principalement des mots ou des phrases de transition. Voici ce que j’ai utilisé depuis le début du texte, de mon introduction jusqu’ici, pour que les idées s’enchaînent logiquement. Je n’ai pas inclus les sous-titres, bien qu’ils participent aussi à la fluidité de votre lecture.

  • J’ai souvent parlé de progression d’information dans d’autres articles. (Une phrase introductive vous rappelle ce qui est venu avant l’article.)
  • En clair… (J’établis clairement la définition de mon sujet.)
  • Selon le sujet et les lecteurs… (J’introduis l’aspect annoncé par le sous-titre en évoquant des notions familières.)
  • En ouvrant un article de ce genre… (Je fais le lien entre ce que je viens d’expliquer et ses conséquences.)
  • Maintenant… (J’indique que l’on passe à une autre idée, un autre exemple.)
  • En ouvrant cet article… (Je fais le lien entre ce que je viens d’expliquer et ses conséquences.)
  • Voyez-vous comment… (Je fais le lien entre l’exemple et ce que je veux démontrer.)
  • Si… (Je donne le contre-exemple pour mieux asseoir mon point.)
  • Évidemment… (Le terme annonce un retour sur l’idée globale.)
  • Ainsi… (J’introduis un rappel de ce qu’on vient de voir avant d’aborder un nouvel aspect du sujet.)

Vous pouvez maintenant prêter attention au reste de l’article pour repérer d’autres mots et phrases de transition 😉

Aussi (oui, en voilà un!), la reformulation permet de rappeler un élément connu au lecteur. Il s’agit de dire la même chose d’une façon différente. Attention : une bonne reformulation n’ajoute rien de nouveau en elle-même! Elle résume ou utilise un vocabulaire différent, par exemple pour passer d’un registre scientifique à un registre neutre.

Par ailleurs, la progression au niveau des idées ne suffit pas. Pour qu’un texte soit réellement efficace, il faut accompagner notre lecteur d’une phrase à l’autre.

Au niveau des phrases

C’est ici que le nerf de la guerre se joue. Heureusement, plusieurs outils sont à notre disposition. Attention : On ne doit pas tous les utiliser dans chaque texte!

Mots de transition : sur le même principe que pour les idées et les paragraphes, les phrases peuvent s’enchaîner simplement à l’aide de mots de transition. Voici quelques exemples : d’abord, ensuite, puis, de toute façon, également, aussi, par ailleurs, quoique, etc.

Reprises lexicales : il s’agit de répéter le sujet de la phrase ou du texte, mais d’une façon différente. La reformulation peut y ressembler. On distingue trois grandes façons de procéder.

  • Synonyme: On emploie un terme qui veut dire la même chose pour varier le vocabulaire. Attention de ne pas tomber dans un piège! Exemple : Le texte, l’article, le billet, l’œuvre…
  • Répétition: On réutilise le même terme au travers du texte. Réutiliser le même mot de temps en temps facilite le travail du lecteur, puisqu’il est déjà connu. On évite de le faire dans des phrases qui se suivent, quand même! Exemple : Le texte est… en phrase 1. …dans le texte… en phrase 13 …le sens du texte. en phrase 20.
  • Générique: C’est une catégorie de mot qui englobe celui qu’on utilise. Exemple : « la citoyenne » pour « une femme » ou « le félin » pour « un chat ». Ce n’est pas exactement un synonyme, puisque sa définition est plus large.

Reprises grammaticales : il s’agit de parler du sujet du texte autrement que par un substantif (un nom ou un groupe nominal). On distingue deux catégories de reprises grammaticales.

  • Déterminant: On pense surtout au déterminant démonstratif. La formule « ce chalet » reprend en deux mots tout ce qu’on vient de mentionner au sujet d’un chalet un particulier.
  • Pronom: La façon la plus synthétique de reformuler : Il, eux, celui-ci, la… Des petits mots qui contiennent beaucoup de sens! Attention à les utiliser judicieusement, notamment les pronoms relatifs.

Ponctuation : la ponctuation est très utile pour indiquer des liens entre les phrases sans ajouter de mots. Le point annonce la fin d’une idée; le point-virgule annonce un parallèle entre les éléments qu’il sépare. Le deux-points annonce une explication ou une énumération : il nous évite d’écrire « Voici une explication ».

Ces quatre grands outils permettent de faire passer le lecteur d’une phrase à l’autre sans difficulté, en toute fluidité. Or, c’est à ce moment-là, lorsque les phrases tiennent solidement ensemble et que le lecteur ne tombe dans aucun trou de compréhension, qu’un texte est jugé « bien écrit ».

Une analyse improvisée

Voici une minuscule analyse improvisée d’un passage de Questions d’écriture de Jean-Jacques Pelletier, un auteur québécois à la plume admirablement limpide. J’ai choisi ce livre parce qu’il est bien construit, et ce passage en ouvrant le livre à n’importe quelle page. Je ne pouvais pas me tromper!

Il est difficile d’analyser seulement deux paragraphes sans leur contexte, mais l’exercice vous indique quand même à quoi ressemble une progression de l’information bien maîtrisée.

Analyse de la progression d'information dans un extrait de livre.
Analyse de la progression d’information dans un extrait de livre.

Presque chaque phrase fait référence à quelque chose qui vient avant elle, de façon très simple : ce sont les cases orange qui renvoient à une bulle mauve. Observez les différents moyens que M. Pelletier utilise pour faire progresser l’information : générique, déterminants, répétition, pronom démonstratif, reformulation. Et pardonnez mes pattes de mouche 😉

À la lumière des explications qui précèdent, relisez vos propres textes. Amènent-ils les nouvelles informations de façon logique et progressive?

Ce n’est pas facile d’en juger par soi-même! N’hésitez pas à demander l’avis de quelqu’un d’autre pour savoir si vos phrases s’enchaînent bien ou non.

Besoin d’un œil expert? Je suis là pour vous!

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