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Écrire comme on parle, ça se fait-tu?

Dans d’autres articles, je mentionne qu’il existe une différence entre la langue parlée et la langue écrite. Aujourd’hui, j’ai envie de me pencher sur cette question. Après tout, en tant que blogueurs, nous choisissons de nous exprimer par écrit. Mais qu’est-ce que ça implique au juste? Y a-t-il une limite à ne pas franchir? Peut-on écrire comme on parle, tout simplement?

Je vous le dis d’emblée – et ça ne vous plaira peut-être pas! –, ma réponse est : ça dépend.

De quoi? De beaucoup de facteurs! D’abord, de vous : votre style, votre façon de penser. Ensuite, de votre blogue : de quoi parle-t-il? À qui? Pourquoi? Enfin, ça dépend aussi de vos lecteurs : qui sont-ils, qu’est-ce qu’ils aiment et détestent?

Les Mots clairs et moi

Sur le blogue des Mots clairs, je flotte entre les niveaux de langue familier et neutre. C’est pourquoi je parle au « on » plutôt qu’au « nous » et que je laisse parfois tomber la double négation. C’est aussi pourquoi j’ai écrit, dans le paragraphe d’introduction, « peut-on écrire » et pas « on peut-tu écrire ». Je cherche un ton équilibré : respectueux et sympathique 😉

Si on se rencontre « en vrai », je vais aussi utiliser le « on », mais je vais m’exprimer bien à la québécoise, à grands coups de « on peut-tu ». Pour moi, il y a une différence entre l’écriture et la parole, surtout dans un contexte informel.

C’est en préparant ma présentation éclair pour le WordCamp Montréal 2017 que j’ai constaté l’ampleur de cette différence. J’ai d’abord réfléchi à ce que je voulais dire pendant cette présentation, puis j’ai fait un plan et j’ai rédigé les grandes lignes. Enfin, j’ai commencé à me pratiquer à voix haute.

Et là… Ouf! À part un contenu pas tout à fait au point, j’ai surtout eu un problème avec plusieurs phrases qui ne sortaient pas naturellement du tout de ma bouche! Pourtant, c’était bien mon style, là, sur la page que j’essayais de ne pas lire. C’était bien mes mots, mes idées, mes exemples. Mais rien à faire, ça sortait mal. Ça sonnait faux. Et ça me stressait!

D’expérience, je sais qu’un discours appris par cœur, ça ne me réussit pas. Je suis nerveuse devant un public (le cauchemar des exposés oraux à l’école!), alors un de mes trucs pour contrôler le trac est de bien maîtriser mon sujet. Sauf que cette fois-ci, en 10 minutes et avec tout ce que je veux dire, je n’ai pas le temps d’improviser ou de me reprendre. Je veux donc arriver préparée et, surtout, demeurer authentique.

Je n’avais pas prévu que cet article deviendrait si personnel! On retourne à notre sujet bientôt, promis 😉

J’ai donc commencé à me pratiquer sans me soucier du temps et en me filmant. Ça m’a permis de parler du même sujet, des mêmes aspects, avec les mots qui me viennent réellement. Je les notais avant de me reprendre et, petit à petit, j’ai construit un nouveau texte qui dit la même chose que le premier, mais qui est beaucoup plus adapté à être écouté.

Par exemple, la phrase précédente, je ne la lirais jamais à voix haute avec naturel. Mais elle se lit bien! Non? 😉

Les grandes différences

Il y a des différences évidentes entre l’écrit et l’oral. Attention : Ici, je parle du français au Québec, dans des contextes quotidiens!

Comment ça se passe à l’oral

Voici quelques points en rafale. Il existe une panoplie de sites internet et d’ouvrages sur le sujet, si ça vous intéresse! Cherchez « langue québécoise » ou « comment les Québécois parlent » et vous verrez 😉

À l’oral, on contracte beaucoup. « Tsé » au lieu de « Tu sais », « J’veux » au lieu de « Je vais », « A va y aller » au lieu de « Elle va y aller », etc.

Connaissez-vous Solange te parle? Je vous invite à regarder son excellent vidéo sur le français québécois pour les nuls.

On évite souvent la double négation. « Je ne veux pas » devient « Je veux pas ». Donc, « J’veux pas », si vous suivez bien 😉

Les phrases s’enchaînent parfois sans distinction claire. Les idées s’entremêlent, on se reprend, on hésite, etc. Et on se comprend! Parce qu’à l’oral, les intonations transmettent une partie de l’information. En personne, le langage non verbal apporte aussi beaucoup son lot d’informations : un geste de la main, des yeux qui regardent au ciel, un haussement d’épaules… et l’autre comprend tout, même si la phrase n’est jamais finie!

De plus, souvent, on utilise un vocabulaire plus simple et plus répétitif. Il y a des raisons cognitives à ça, ce n’est pas un défaut! À l’oral, notre interlocuteur ne peut pas retourner en arrière à sa guise, alors c’est bien de reprendre les mêmes mots pour qu’il nous suive et nous comprenne.

Comment ça se répercute à l’écrit?

D’abord, à l’écrit, il n’est pas nécessaire de contracter les mots pour aller plus vite. Je parle ici de billets de blogue et non de textos, on s’entend 😉

Si on peut enlever la particule « ne » des formules négatives avec « pas », elle demeure nécessaire avec « plus ». À l’oral, l’intonation ou la prononciation va indiquer le sens de « plus ». À l’écrit, ça prend le « ne ».

Prenons la phrase « Fais plus de café. » Veut-on une plus grande quantité de café ou que la personne cesse d’en préparer? Parce qu’on le lit sans « ne », on aura tendance à choisir la première réponse.

Attention aux négations avec « plus » si vous écrivez comme on parle! Lequel voulez-vous qu’on comprenne? Ajoutez le « ne » lorsqu’il est nécessaire.

Une autre façon de régler ce « problème » est d’écrire « pus » ou « pu » au lieu de « plus », un peu comme on le prononce au Québec. Ça peut porter à confusion si vous utilisez le verbe « pouvoir » (« J’ai pu pu traverser la route ») ou le mot « pus » (« Il y a pus de pus dans mon œil! »). Soyez vigilant si vous faites ce choix!

À l’écrit, la ponctuation est cruciale pour la compréhension, ainsi que la syntaxe. Elles font partie des codes à respecter pour être compris.

Exemples de phrases mal ou bien ponctuées

Il faut dire qu’un texte écrit, on peut le réviser et le retravailler. On peut aussi le planifier, contrairement à la plupart des discussions orales. On sait ce qu’on veut dire, dans quel ordre et comment bien avant qu’un lecteur y accède.

Finalement, il est moins nécessaire de se répéter à l’écrit, car le lecteur peut retourner en arrière comme bon lui semble. De plus, par le balayage de l’œil sur la page, le cerveau assimile mieux les informations que lorsqu’il les entend seulement.

OK, mais quand on blogue?

Vous avez peut-être envie de contracter quand vous écrivez. C’est cool! Si ça cadre avec votre style et vos lecteurs, c’est parfait.

Attention, quand même, à contracter comme il faut. Lorsqu’on s’éloigne du français écrit normatif (celui des dictionnaires et des grammaires), on court le risque que nos lecteurs ne nous comprennent pas. Faites particulièrement attention si vous visez un public international, puisque les Québécois ont leurs propres contractions, en plus de leurs propres expressions.

Le truc? Remplacez la lettre ou les lettres qui sautent par UNE apostrophe. Ça permet de déduire les mots complets, même si c’est la première fois qu’on les voit écrits ainsi.

Tableau de bonnes contractions

À ne pas faire : tout coller, ajouter des traits d’union, changer des lettres pour rien. C’est mêlant pour le lecteur et ça a plus l’air d’une faute que d’une décision consciente.

Exemples de mauvaises contractions

Surtout, je vous déconseille de rédiger votre blogue comme un texto. Si sa va ac vos ami ou vot chum sa passe pa dan un tt long! (En clair : Si ça va avec vos amis ou votre chum, ça ne passe pas dans un texte long!) Bien trop dur à lire!

À votre tour!

J’ai bien expliqué ma réalité par rapport aux langues parlée et écrite. Pour moi, il existe une grande différence entre ces deux façons de m’exprimer, ce qui ne m’empêche pas de livrer le même message.

Et pour vous? Où se situe votre ligne entre l’oral et l’écrit? Y en a-t-il une?

Hier, j’ai posé la question à mes abonnés sur Facebook. Vous pouvez lire la discussion ici. C’était toujours intéressant d’avoir plusieurs points de vue, car il n’y a pas de mauvaise réponse dans une situation comme celle-ci!

Écrivez-moi en commentaire si vous observez d’autres différences ou si vous avez des questions!

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