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Vocabulaire

Les pièges des synonymes

Mise à jour: 22 octobre 2017

Connaissez-vous les pièges des synonymes? Même s’il est important de varier notre vocabulaire pour maintenir l’attention des lecteurs, on ne connaît pas chaque mot de la langue française… On consulte alors notre ami, sauveur et coffre aux trésors : le dictionnaire de synonymes. Mais attention! Tous les synonymes ne sont pas égaux!

Le piège des registres de langue

Un synonyme peut sortir du registre de langue habituel… sans qu’on s’en rende compte!

En français, il existe quatre registres de langue.

  1. Le populaire : celui qui ignore, volontairement ou non, la plupart des règles.
  2. Le familier: celui qu’on parle entre amis et en famille.
  3. Le neutre: celui des journaux et des conversations polies.
  4. Et le littéraire: celui des beaux mots et des tournures de phrases compliquées.

Exemples des registres de langue

Alors, qu’arrive-t-il? On trouve un nouveau terme dans le dictionnaire, ce mot est tout nouveau et tout beau, alors on l’intègre dans le texte avec enthousiasme. Des fois, ça passe. D’autres fois, ça fait bizarre. Voyez vous-même :

Exemples de synonymes de registres différents

Si c’est le genre de jeu stylistique qui fitte avec votre style, super! Amusez-vous! Mais, la plupart du temps, évitez d’utiliser un nouveau terme qui dérange le lecteur dans sa lecture juste pour « faire différent ». Il va décrocher!

Ce premier piège n’est pas le plus important que tend votre dictionnaire. Non, le piège majeur réside surtout dans le respect du sens du mot originel.

Le piège du respect du sens

Lorsqu’un mot exprime parfaitement notre idée, il est tentant de l’utiliser à répétition. Pas d’ambiguïté ni d’incompréhension possibles dans ce cas! Sauf qu’on préfère éviter une expérience monotone à nos lecteurs. Alors on pige dans la banque de synonymes… À partir de là, ça peut déraper très vite.

Voici un exemple un peu gros, mais qui montre bien ce que je veux dire!

Exemples de synonymes non équivalents

Les trois derniers verbes sont des synonymes du premier, mais ils ne provoquent pas le même effet. C’est normal, puisqu’ils ne signifient pas exactement la même chose. En fait, certaines définitions ne s’appliquent même pas à des plantes!

À moins de connaître par cœur toutes les définitions de la langue française, il vaut mieux consulter un dictionnaire avant d’utiliser un terme à la place d’un autre. Utiliser un ouvrage de référence n’est pas signe de faiblesse, au contraire! Reconnaître son incertitude et agir pour la contrecarrer, c’est faire preuve de rigueur et de professionnalisme.

Ainsi, pour un texte, je cherchais un nom commun signifiant « quelqu’un qui aide de façon discrète, qui travaille un peu dans l’ombre, un partenaire à part non égale »… J’ai fini par penser à « complice » et j’ai consulté le dictionnaire des synonymes pour obtenir d’autres idées. Une petite ampoule s’est allumée dans ma tête quand j’ai vu le mot « acolyte ». C’est super, « acolyte »!

Juste au cas, j’ai vérifié la signification de ce terme dans un dictionnaire. « Complice d’une action répréhensible. Le nom acolyte a une connotation péjorative. » Oups! Je ne voulais pas du tout de cette connotation négative! J’ai donc opté pour « complice », tout simplement.

Je vous raconte cette anecdote pour montrer que personne n’est à l’abri d’une mauvaise utilisation d’un mot. Pas même les rédacteurs et correcteurs professionnels! Nos atouts consistent en un instinct exercé et sensible, ainsi qu’en des outils efficaces. Mais pas dans la mémorisation systématique des définitions qu’on lit!

La richesse de la langue française

C’est bien beau tout ça, mais… vous n’avez pas toujours accès à un dictionnaire. Vous n’avez pas envie de l’ouvrir à tout bout de champ. Vous ne voulez pas examiner une dizaine de définitions pour chaque synonyme trouvé. Vous voulez juste partager vos trucs de maquillage, pas devenir la prochaine lauréate du Nobel de littérature!

Je comprends tout à fait.

En même temps, vous avez choisi de vous exprimer par l’écrit, et votre langue est le français. La langue française est reconnue pour la richesse de son vocabulaire : le Petit Robert 2017 compte environ 60 000 mots… qui ont chacun leur propre signification,  et parfois plusieurs!

Il est très rare que deux mots signifient exactement la même chose. Il existe toujours une nuance, une différence de registre de langage ou de contexte d’utilisation, qui aura plus ou moins d’importance selon votre texte. Je vous suggère vivement d’y voir une force de la langue.

Bien écrire, c’est fatiguant! Pourtant, ça vaut la peine de le faire!

Ce sont ces nuances qui donnent de la vigueur à un style et de l’impact à un article. Lorsqu’elles sont exploitées correctement, évidemment! Sinon, la maladresse (ou la paresse) de l’auteur se retourne contre lui : le lecteur sent que quelque chose cloche et son expérience devient inconfortable, voire désagréable. Pire : s’il connaît la définition du synonyme mal trouvé, il trouvera l’auteur malhabile, étrange ou incompétent.

Et on ne veut pas ça!

Des trucs pour éviter les pièges des synonymes

  • Ayez un dictionnaire près de votre ordinateur, facile d’accès. Si vous n’avez pas à traverser la maison pour une consultation, celle-ci sera plus tentante.
  • Si vous ne possédez pas de dictionnaire papier, cherchez « signification de _____ » dans Google. C’est mieux que rien!
  • Si vous écrivez ailleurs qu’à la maison et qu’un terme vous chicote, programmez un rappel sur votre cellulaire pour le vérifier une fois rentré.
  • Consultez vos amis, votre entourage. Attention aux réponses de bonne volonté, mais mal avisées, du style « Je pense que c’est ça, parce que ça paraît bien. » Il y a l’intuition, et il y a la connaissance! 🙂
  • Consultez un spécialiste de la langue : rédacteur, linguiste, correcteur… Il n’aura peut-être pas la réponse immédiatement, mais il saura la trouver rapidement et vous pourrez vous y fier.

Obtenir l’aide de Valérie

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4 thoughts on “Les pièges des synonymes”

  1. Excellent article!
    En toute amitié, je me permets de signaler que l’avant-dernière phrase du dernier paragraphe du piège 2 comporte un « pour » de trop. 😉

  2. Je crois que de « valider » officiellement la définition d’un synonyme avant de l’utiliser est ce que je retiens. Il est clair que je n’aurais jamais utilisé « mansuétude » étant donné que je n’ai aucune idée de sa signification. Par contre, pour moi, « complice » et « acolyte » avaient la même signification. L’exemple donné m’a confirmé que je devrai être plus rigoureux!

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